lundi 30 juillet 2007

La vie compliquée du prince Parasite. (chapitre I)

I

Il était une fois un Roi et une Reine qui ne désiraient pas avoir d'enfant.
Prénommés Insouciant et Dilettante, ils avaient naturellement décidé d'éviter toute contrainte.
Ainsi confièrent-ils au chambellan le plus sérieux de tous les royaumes le soin de s'affranchir des tâches administratives.
De même, et moyennant des rémunérations attractives, ils recrutèrent le personnel le plus doué en tous domaines afin que le royaume soit toujours en bon ordre et que personne n'ait matière à se plaindre.
S'agissant du risque d'enfanter, le Roi et la Reine, qui goutaient ensemble chaque jour aux plaisirs de la chair et n'entendaient nullement s'en priver, avaient dès leurs fiançailles pris la précaution de confier leurs appareils génitaux respectifs aux pouvoirs contraceptifs de la Fée Stérila.
Leur royaume en de bonnes mains, les souverains purent s'adonner à leurs passions les plus folles, l'esprit léger.
Les années passèrent sans laisser de trace sur le Roi et la Reine dont les corps avaient été protégés du temps par la Fée Antichronos.
Les meilleurs chambellans se succédèrent à la direction du Royaume sans qu'aucune révolte, aucune famine, ni aucune guerre ne vienne jamais troubler les jeux des souverains.

Un beau jour pourtant, le chambellan Horteflamme, compétent mais moins consciencieux que ses prédécesseurs vint à s'éprendre de l'une des suivantes de la Reine. Frustré de n'avoir point de temps à consacrer à sa bien-aimée, il jalousa les souverains et se mit en tête de les contraindre à reprendre en main les affaires du Royaume.
Dans le même temps, les sujets prirent en grippe le nouveau chambellan.
Les paysans organisèrent donc des réunions au cours desquelles chacun exprima son mécontentement à l'égard du ministre.
Ce vent de protestation finit par souffler dans les oreilles crasseuses du chambellan Horteflamme. Dans un premier temps contrarié, il résolut finalement de profiter de cette situation pour accélérer la réalisation de son plan.
Ainsi, un soir, se déguisa-t-il en miséreux et prit part à l'une des réunions de protestation.
L'on médisait grandement à son sujet et il s'en fallut de peu que le chambellan ne révèle son identité ou ne condamne ces pétrousquins à la potence tant son orgueil était blessé.
Il parvint cependant à reprendre ses esprits au souvenir de sa belle - souvenir qui lui revenait systématiquement au toucher de la dent que celle-ci lui avait offerte et qu'il conservait tel un talisman autour du cou.
Ayant de la sorte repris courage, Horteflamme intervint à son tour :
"Mes amis, je vous le dis, tous nos embarras ont pour origine la Reine Dilettante et son refus d'être grosse. Car, croyez moi, si le Royaume avait descendance, nos souverains cesseraient leurs enfantillages, chasseraient le chambellan et reprendraient la direction du royaume ! "
Surpris par le parler biblique de ce jaque en haillons, les comploteurs décidèrent de la boucler. Quelques minutes plus tard, leur chef, un gaillard taciturne, prit la parole et la posa comme suit :
" Ce que tu dis est juste, l'inconnu, le Royaume a besoin de descendance."
Habitués au laconisme de leur chef, les paysans surent qu'il leur revenait de trouver un antidote aux sortilèges de la Fée Stérila.
Justement, l'un d'eux avait une tante Igueulou qui connaissait une sorcière sans verrue aux pouvoirs d'autant plus surprenants : elle aurait permis à une chèvre éprise d'un loup d'enfanter d'un moineau. La sorcière Hybrida, tel était son nom, était à coup sur la solution à leur problème.
Les paysans se cotisèrent pour l'embaucher.
Perplexe mais satisfait, Horteflamme quitta la réunion en se frottant les mains.

Dix mois plus tard, à la grande surprise des souverains, la Reine enfanta. Elle ordonna aussitôt que l'on fit écarteler la Fée Stérila.
Les sujets accoururent en nombre au Palais afin de vérifier que leur Reine n'avait point donné le jour à quelque bestiole grotesque.
Or non. Dans le berceau royal dormait paisiblement un petit prince potelé que ses parents prénommèrent Parasite.
Comme l'avait pronostiqué le chambellan, le Roi congédia tout son personnel.
Horteflamme ne reçut cependant aucune indemnité, le Roi ayant prononcé un licenciement général pour faute lourde et maléfisme.
En outre, il s'aperçut que sa belle, également virée, n'était en réalité qu'une belle saleté exclusivement attirée par ses anciennes fonctions. Celle-ci fut en effet assez prompte à lui annoncer qu'elle ne souhaitait désormais plus le côtoyer. Ni sa chevelure répugnante.
Elle fit en revanche courageusement abstraction de la puanteur du chef des paysans, dont le prestige avait colossalement accru avec la naissance du Prince Parasite.
L'on raconte que, peu de temps après son licenciement, le chambellan Horteflamme fut retrouvé pendu à un arbre, strangulé par un collier auquel pendouillait un croc de cochon sauvage.

Au Palais, après la naissance de Parasite, le Roi et la Reine n'osèrent plus s'approcher l'un de l'autre, de peur de produire un nouvel importun.
L'ennui provoqué par cette séparation de corps leur fut néanmoins rapidement insupportable.
Par désœuvrement donc, le Roi résolut de s'occuper des affaires de son royaume.
La Reine, quant à elle, ne se remettait pas d'avoir subi une grossesse. Son bassin élargi, ses seins maméliformes, les vergetures couvrant son corps et plus encore l'idée d'avoir enfanté lui faisaient horreur. Elle occupa donc son temps libre à convoquer des Fées afin de retrouver son bonheur évanoui.
Antichronos s'étant déclarée incompétente, que ce soit en matière de retour dans le passé ou de réparation des malformations dues à la gestation, recommanda sa cousine Chronostop à la Reine. Chronostop ne put pas d'avantage permettre à celle-ci de revenir en arrière pour éviter la naissance de Parasite. Elle proposa en revanche d'endormir à jamais le Prince, de manière à ce que l'existence de ce dernier n'entrave pas les loisirs de la Reine.
Solution imparfaite mais utile, se dit la Reine qui ordonna à Chronostop de s'exécuter. Parasite vivrait, grandirait et serait même heureux grâce aux doux rêves que la Fée lui inoculerait mais il ne serait un souci pour personne ainsi plongé dans un sommeil profond.
La Reine s'offrit ensuite les services de la Fée Chirurgia, laquelle arracha et brûla tout bonnement les ovaires litigieux.
Ravie de pouvoir retrouver sa vie frivole d'antan, elle courut annoncer la nouvelle au Roi.
La réaction de son époux lui fit l'effet d'un uppercut porté à la pointe du menton tant celui-ci avait changé depuis la naissance de leur fils.
Le Roi consacrait désormais tout son temps à la gestion frénétique du royaume et, durant les menues pauses qu'il s'accordait, s'adonnait à la course à pieds.
Il entendait en outre piloter seul le royaume, répondre en personne aux doléances de chacun de ses sujets et s'entretenir directement avec les souverains voisins.
Un paysan, qui avait un jour bu l'eau d'un puits de science, lui trouva alors le surnom d'hypermonarque. L'on a même aujourd'hui oublié le nom du chambellan de cette époque tant il était inexistant.
La Reine contrariée décida de prendre rendez-vous avec son époux afin de l'entretenir des difficultés qu'elle entrevoyait dans leur avenir commun.

LA SUITE ICI


vendredi 20 juillet 2007

Over the bridge


Couru jusqu'au théâtre. En retard. 21 h47.

- Peut-on assister quand même à la pièce ?
- Non, ça a commencé depuis 21h20.
- Impossible ! Les errants, c'est tous les jours à 21h45 au théâtre du petit Louvre.
- Non, c'est à 21h20.
- Les Errants, festival off, théâtre du Petit Louvre ? A 21h20 ??
- Ah, non, vous avez raison, c'est bien à 21h45 tous les soirs au théâtre du Petit Louvre. Je vais voir si le spectacle a commencé.
- Merci !!
- Vous pouvez y aller, ça commence seulement dans une minute.

Assis. 21h50. 19 juillet 2007. Chaleur. Essoufflés. Théâtre du Petit Louvre.

Enée débarque d'on ne sait quel pays en guerre, avec sa soeur et leurs deux compagnons, Jules et Ascagne.
Elise, jeune veuve totalement investie dans la distribution de couvertures aux franchisseurs de tunnel, leur offre l'hospitalité.
Lorsque Enée aime Elise. Amour impossible et tragédie classique.
Quand un Al Pacino lépreux se met en tête d'aider son ami le lépreux timide à répéter sa déclaration amoureuse. Burlesque tordant.
Prise en otage surréaliste d'une banquière qui ne veut pas prier.
Mais lorsque Jules et Ascagne donnent tout leur argent à un passeur sans scrupule et disparaissent, retour à la réalité.


Avignon, Off, Les Errants, Théâtre du petit Louvre. C'est tous les jours à 21h45.
Beaucoup aimé.

mardi 10 juillet 2007

Zen

C'est toujours un blog est en colère.
Avant vous, il était classé en rubrique qui disaient :
" Un blog pour :
- quand je suis une greluche
- quand je me prends pour un poète
- quand je parle des blogs des autres
- quand on prend des photos
- quand je pars en voyage
- quand j'essaie d'écrire des histoires
- quand j'aime bien ce livre
- quand je fais n'importe quoi
- quand j'ai envie de vous lire
- quand je me pose des questions "

Y avait qu'à cliquer sur la rubrique et on tombait sur les textes ad hoc.
Il voulait ressembler à un journal, la page des sports en moins.
Et puis il y eu vous avec vos "c'est pas facile de trouver les nouveaux textes", "il est mal rangé ce blog" et tout et tout. Mais pas un pour me filer des codes HTML.
Alors il y a eu la rubrique "quoi de neuf?".
Mais ça ne vous suffisait toujours pas.
C'est un blog a fini par se remettre sérieusement en question.
Oublié l'originalité, il a adopté la présentation chronologique classique, en vrac, dans laquelle vous ne regarderez jamais plus si les anciens textes ont été modifiés ou commentés, alors que si.
Il est allé jusqu'à changer de de nom, est devenu C'est toujours un blog, pour se rassurer et vous convaincre.
Aujourd'hui C'est toujours un blog s'ennuie, il n'aime pas afficher des messages au jour le jour. Il trouve que la vie ne ressemble pas une liste chronologique de textes mais plutôt à une valse perpétuelle de mots qui s'ajoutent ou s'effacent. C'est toujours un blog est un blog humain. En tant que tel, il revendique le caractère sélectif de sa mémoire. Il préfère oublier ce qu'il a fait de mauvais et embellir ses souvenirs. C'est toujours un blog aurait aimé que vous cherchiez en lui ce qui a changé, que vous lui disiez "tiens, t'es allé chez le coiffeur aujourd'hui".
Au lieu de ça, il est obligé de vous informer tous les jours de l'état de son brushing.
Bref, C'est toujours un blog a les boules.
Du coup, il poste ce message, à jamais daté du 10 juillet 2007 à cause des chronophiles, mais perpétuellement en mouvement pour les chronophages.

mercredi 4 juillet 2007

Prophéties et résolutions.

Ce blog se prend pour une Madame Irma un peu myope.

Quand il parle du passé d'un François qui ressemblerait à celui de Michel Rocard et qu'il explique la mort de ce François par une embolie cérébrale, ledit Michel Rocard est lui-même hospitalisé pour une hémorragie cérébrale.
Quand il annonce un échec à un concours, mon nom ne figure pas sur la liste des admis.
Quand il dit qu'il fait un temps pourri à Reims. Ah non, rien à voir.


Deux alternatives s'offrent donc à moi.

La première, retrouver les lunettes de mon blog puis ouvrir un cabinet de scriptomancie.
La seconde, arrêter la drogue et me mettre sérieusement à bosser.

J'avoue avoir une nette préférence pour la première solution qui présente l'intérêt de régler de façon originale mes petits soucis d'argent.

Il est vrai cependant que la seconde écarterait le risque non négligeable de croupir en prison pour consommation de substances illicites, mépris de la France qui se lève tôt et refus de travailler plus pour gagner plus.

Résolutions donc. Si je ne retrouve pas vite fait ces maudites lunettes, promis, j'achète un réveil !


vendredi 29 juin 2007

Pou pou pi dou

Aujourd'hui, c'est la fête de quand je suis née il y a très très très longtemps ( XXe siècle).
Afin de vous éviter de vous creuser les méninges trop longtemps pour finalement vous ruiner dans des cadeaux totalement inutiles, je préfère vous soumettre une liste. Voici ce qui me ferait vraiment plaisir :
- un concours
- un nouveau président
- les fameux codes HTML
- une machine à téléporter des cartons
- du soleil en été
- des rêves cohérents
- un nouveau livre d'Albert Cohen
- mon passeport et ma jupe restés au Cap-Vert
- plein de commentaires sur ce blog
- six ans de moins
- une photo dédicacée de Michel Rocard

Merci d'avance !

vendredi 22 juin 2007

Premières fois d'un rapporteur

Premiers dossiers.

La Transnistrie n’est pas le pays fictif d’un album de Tintin. Bon à savoir.

Photographies de corps calcinés jointes aux dossiers. Indispensables ?

En me réveillant en sueur après quelques jours de travail, j’ai trouvé que les cauchemars étaient parfois trop réalistes.

Première audience.

Déterminer en dix minutes si quelqu’un est convaincant ou non. Pas facile.

Pleurs d’une congolaise. Comble de l’injustice. Etre violée, mais pas pour des raisons politiques.

Sri Lankais. Bourreaux, victimes ? Les deux ? Mais alors. Les renvoyer mourir ou les laisser continuer leur business ici ?

En accordant le statut de réfugiés à un couple de Russes, costumes et bijoux à 10000 dollars, qui parlaient bien le français, je me suis demandé ce que j’aurais pu faire de plus divertissant pendant les deux journées que j’avais passées sur ce dossier.

Dossiers suivants, dix chinois au même récit, ayant refusé de venir s’expliquer en audience. Se foutraient pas un peu de notre gueule ?

Premiers doutes.

En écoutant un ministre de la cohésion sociale rappeler que la plupart des étrangers déposant une demande d’asile bénéficient d’un titre de séjour, d’un logement et d’aides sociales, ce jusqu’à publication de la décision de la Commission des recours des réfugiés, je me suis demandé s’il n’était pas en train d’insinuer que la situation des finances de la France devrait influer sur le droit d’asile.

Discussion avec de vieux collègues. Toujours douter de la véracité des récits des demandeurs d’asile. Veulent le pack titre de séjour-aides sociales. C’est tout.

Mais ceux qui ont vraiment été torturés, les militants politiques, les excisées, les minorités ethniques qui ont fui leur pays, qui n’ont plus rien, juste leur peau sauvée, on les reconnaît comment ?

Doutons.

Premiers non.

Un couple de géorgiens disant être en danger de mort parce que leurs compatriotes ne tolèrent pas les mariages entre cousins germains. On m'a demandé de trancher, j'ai dit non, peu crédible.

Les dix chinois. Non plus, stéréotypé.

Kurdes de Turquie. C’est toujours non, pas convaincant.

Musulmans de Bosnie. Non, non et non, plus de crainte. Guerre terminée.

Réveil, métro, non, non, non, non, métro, dodo.

Même plus de cauchemar.

Premiers miroirs.

Miroir, miroir, ne ressemblerais-je pas de plus en plus à un personnage de Kafka ?

En observant les avocats, les juges, les demandeurs d’asile, mes collègues, je me suis demandé pourquoi on acceptait tous de figurer dans un roman aussi absurde.

Ce problème de finances qui nous réunit ? Peut-être.

Chercher un moyen différent de résoudre le mien. Trouver.

Prononcer mon dernier non suivi de ouf !

Si lâche d’être soulagée.

Premières frayeurs.

Mai 2007.

Lu dans un décret. Le ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement est compétent « en matière d'exercice du droit d'asile et de protection subsidiaire ET de prise en charge sociale des personnes intéressées » [1].

Asile politique et action sociale officiellement réunis.

Qui devra obéir à qui ?

Facile à deviner.

[1] Décret n° 2007-999 du 31 mai 2007 relatif aux attributions du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement.

dimanche 17 juin 2007

résistance par l'objet

Dimanche 17 juin 2007.
Ecrasante victoire de la chemise vichy et du pull sur les épaules.
Les jeans-basket ont oublié de retourner dans leurs écoles,
Peu séduits par les propositions sans saveur d'ex pattes d'ef relookés Kenzo.
Pour couronner le tout, cette invitation à déjeuner chez une famille chaussée de Sébago.
Rien contre la mode, mais jamais eu une tête à serre-tête.
Et aucune envie de fêter cette défaite.
Comment résister ?
Y aller en jean troué ? Zéro subtilité.
Bouquet de roses rouges, pourquoi pas ?
Mais frapper plus fort, j'ai mieux que ça !
L'idée de génie, juste dans ma cave. Jubilation !
Bouteille de vin bouchonnée mais faite pour l'occasion :
"Sauternes 1981, Domaine de la gauche", avec une rose sur l'étiquette,
Parfait cadeau pour cette fête !
Les vainqueurs savourent mon breuvage
Y a pas à dire, ça soulage.
Résistance par l'objet, tout ce qui me reste,
Ridicule, je l'admets, mais bien moins douloureux qu'un changement de veste.

quand j'ai envie de vous lire

Je suis tout à fait consciente que l'audience de mon blog est encore moindre que celle d'un reportage d'arte sur la pêche au goujon en Laponie. Consciente aussi que les aventures de l'enfant caché de Bridget Jones et de Tanguy n'ont rien de passionnant.
Cela dit, personnellement, comme l'écrit si bien ma copine Gwen, "je me mare, wouarf wouarf wouarf !" - et c'est vrai que son rire n'est pas sans rappeler l'aboiement du chiwawa de la voisine du dessous. Ce blog est mon remède contre l'onycophagie, autophagie ou toute pathologie menaçant une ancienne étudiante en droit sentant approcher l'heure de la question "Mademoiselle, pourriez-vous nous parler du récit modulaire chez Marguerite de Navarre ?". Car non, je ne peux pas.
Ce laborieux amas de mots pour vous demander de transformer vos ordinateurs en anxiolytiques et donc de poster dans cette rubrique vos humeurs, plans de thèse, chefs d'œuvre d'adolescence ou autres textes susceptibles de n'intéresser que moi.
Finalement tout est dans le titre.
Par ailleurs, un Monsieur Strip vaut toujours mieux qu'un long discours.


jeudi 14 juin 2007

quand j'aime bien ce livre








Pour la BD c'est Rom le vrai.





















Lire ce livre de Jean Echenoz et se procurer les autres illico.
Me croyez pas ? Alors extraits en mode schuffle :
"Luce avait une grande et grosse bouche,avec une langue disproportionnellement volumineuse à l'intérieur ; cela fatiguait sans doute de toujours contenir l'une dans l'autre, aussi Luce devait-elle faire sortir cette langue de temps en temps, comme on étire ses membres ou promène son chien".
" Suicidée trois ou quatre fois, elle a également couché avec neuf homes depuis l'âge de vingt-trois ans, avec certains d'entre eux plusieurs fois de suite, pourtant elle recommencera".
"La porte se rouvrit sur le hall au beau milieu duquel, dans la position du pied de grue, se tenait le dénommé Toon aux traits poupins sinon déjà bouffis, avec sa mauvaise tête d'ancien enfant vexé de n'avoir pas cru comme tout un chacun".





























Imaginez un candidat aux élections présidentielles qui côtoierait le diable - le vrai. Imaginez que les électeurs soient subjugués par son discours scatologique et haineux. Imaginez que ce candidat soit le chef d'une meute de chiens affamés.
Imaginez la fin de cette pièce de théâtre un printemps de 2007.
C'est toujours un blog ! se permet de soumettre à vos petits yeux fatigués cette subtile pièce sanglante.
Donc merci Marie-Luce !



















Merci Eric !















du même auteur: Génération X et Toutes les familles sont psychotiques




dimanche 3 juin 2007

Grand concours Mister Molo



Mister Molo, c'est le machin vert dans lequel mon ami Vincent enfonce son doigt.
Ce même Vincent réclame un poème à la gloire de cette chère pâte verte simulant à merveille les pires flatulences.
Comme je suis lâche, c'est notoire, je renonce à signer le moindre poème en prout.
Mais ayant promis que Mister Molo aurait son poème sur ce blog, j'ai décidé d'organiser le "Grand concours Mister Molo".



Pour participer au
"Grand concours Mister Molo", il suffit de poster vos odes à Mister Molo en commentaire sous ce message.
Après lecture de vos textes et à une date non fixée*, le jury** se réunira pour désigner les poèmes les plus chics.




Que peut-on gagner au
"Grand concours Mister Molo"??
- 1er prix : l'équivalent de son poids en Mister Molo
- 2ème prix : un week-end à Reims***
- 3ème prix : une coupe de Champagne

Bonne chance à tous !!


*vous comprenez bien si personne n'a posté de commentaire à une date fixée, ce concours sera ridicule (il ne l'est pas encore, un peu de respect pour Mister Molo!)
** c'est moi.
*** s'il n'est pas trop tard. La rédaction se réserve le droit de remplacer ce prix par un week-end à Toulouse.


Dommage que Monsieur Strip n'ait pas participé, il était tout à fait dans le ton

vendredi 1 juin 2007

quand on prend des photos








































Répondez-moi




- Dieu punit-il les dames âgées qui circulent en rollers dans sa maison ?

- Le gène du sens de l’orientation est-il récessif ?

- Lors d’un concert classique, dois-je applaudir entre deux mouvements de Peer Gynt si personne ne le fait ?

- Lors de ce même concert, dois-je réveiller mon voisin de chaise en paille inconfortable ?

- Si à la fin du concert, ce voisin se lève et applaudit plus fort que tout le monde, dois-je lui coller un pain ?

- Les banques accepteront-elles plus facilement de prêter de l’argent aux smicards en sachant que ces derniers pourront déduire les intérêts de leur emprunt des impôts qu’ils ne paient pas ?

- Peut-on gagner sa vie en racontant un tas de conneries sur internet ?

- Il se prendrait pas un peu pour David Lynch, Dominik Moll ?

- Bon allez, c'est qui la maîtresse de François Hollande ?

- Existe-t-il des cures de désintoxication pour les buveurs de jus de pamplemousse ?

- Quelqu'un accepterait-il de me vendre la peau de l'ours ?

- Quel est le point commun entre ces trois boulots : distributrice de prospectus, hôtesse d'accueil et officier d'encadrement dans l'armée de terre ? Aucune idée ? Ce sont les trois offres d'emploi auxquelles l'ANPE me demande de postuler.

- ????

- ça vous arrive aussi de rêver que vous faites une apparition dans la série La vie de botes ?

- quelqu'un pourrait-il m'envoyer un commentaire de l'acte IV scène 4 de Bajazet, le monologue de Roxane ? (sujet de mon oral de français)

- que pensez-vous du tourisme de croisière en Méditerranée ? (sujet de géographie)

- est-il judicieux d'enseigner l'histoire culturelle à des élèves de première professionnelle ? (sujet d'histoire)

- elle est pas belle la vie quand on a passé toutes les épreuves de son concours et qu'on déménage dans le sud dans même pas une semaine ? (la réponse est oui)

mardi 29 mai 2007

expérience d'atelier




Aujourd’hui, je me suis promenée dans Reims en aveugle avec une super cane qui parle et tout, comme dans Amélie Poulain. Mais en glauque. D’abord, avec ses pissenlits_ elle voulait que je les touche_ elle m’a fait penser à mon cochon d’Inde mort. Je lui ai dit. Elle m’a répondu que les enfants de sa Fifi brindacier étaient eux-mêmes vraisemblablement morts-nés. Ça m’a fait rigoler, moi, tous ces cochons d’Inde morts. Ensuite, ça a été le vidange-W.C. pour camping-car. Qu’est-ce ça peut bien foutre ici, un vidange W-C, on s’est demandé. Moi je savais pas. En tout cas, on n’a pas arrêté d’y retourner. A un moment donné, elle a mis mes doigts sous un robinet. J’étais pas rassurée, rapport au vidange-W.C. sus-mentionné. Mais, bon. Vu les trucs louches qu’elle m’avait déjà fait tripoter, pour l’eau, j’ai pas dit non. Après, elle m’a dit de caresser un fortitia. Soi-disant. Ce qui est con, c’est que j’en ai jamais vu, des fortitias, moi. Du coup, je saurai jamais à quoi ça ressemble. A moins de toucher tous les arbres situés à moins de vingt minutes de marche-yeux-bandés de la comédie de Reims, jusqu’à ce que mes mains se souviennent lequel c’était. Là, je n’aurai plus qu’à enlever mon bandeau. Faudra que j’essaye. Elle m’a aussi parlé des saules pleureurs d’Harry Potter. Mais eux non plus, je les connaissais pas. Ça a du la décevoir mon inculture des arbres et mes moqueries de cochon d’Inde, je l’ai sentie un peu tracassée quand on s’est approché de la Vesle. Encore après, on a compté nos suicidés, mais on a préféré pas trop en parler. La fin, je m’en souviens plus, y a un mur qui m’a sauté dessus.

lundi 28 mai 2007

où aller










Le 18 mars 2007, à Reims.

François,

Il n’y a que toi qui – enfin tu sais, quoi, il n’y a que toi. Besoin de me confier. Pas envie d’être raisonnable, envie de rugir. Veux qu’on rugisse avec moi. S’il te plaît, François, comme d’habitude, rugis avec moi !

Aujourd’hui, comme souvent, temps pourri à Reims. Décide de camoufler ma gueule et mon désespoir dans salle de cinéma vide. Pas de bol, file d’attente de six mètres aux caisses et film français au titre glauque. Espérais m’abrutir devant une comédie sentimentale britannique, raté. Tant pis, besoin qu’on me raconte l’histoire de quelqu’un qui ne serait pas moi. Film sitôt vu, sitôt oublié. Sortie du cinéma, déprime décuplée. Puis.

Les gens dans les rues, zombis effrayants, êtres sans âme. Des bimbos surtout, leurs simagrées hallucinantes pour attirer l’attention, leurs minauderies, leurs beaux objets inutiles. Un couple d’obèses achetant une crêpe au sucre à leur rejeton. Assis à une terrasse, probablement ce qu’on appelle des cadres supérieurs, qui parlotent politique, recrachant leurs convictions, persuadés de se les être forgées seuls et fiers de prouver leur grande intelligence. C’est ce qui a causé ma perte : ce violent réveil..

Ne saurais t’expliquer ce qui s’est produit en moi. Me suis sentie laide, mais pas plus qu’à l’accoutumée. Ai pensé à l’accident, mon accident, mais pas plus. Me suis trouvée mal habillée, pauvre et seule, mais ça non plus, c’est pas nouveau. En revanche, une impression inhabituelle : l’irréversibilité. Irréversibilité, c’est ça. Comme si j’avais toujours oublié de réfléchir. Ma vie de merde. L’absurdité du monde. N’iront pas en s’améliorant.

Me sens contaminée. Ai capitulé après seulement trente cinq ans de vie, moi qui condamnais allègrement mes parents et toi ensuite. Moi qui me targuais de vouloir anéantir la force du c’était mieux avant. Aujourd’hui je le sais, François, je suis moi-même irrémédiablement contaminée par ce cancer.

Envie de cracher, vomir, chier. Crache, vomis, chie et rugis avec moi. Ta mauvaise humeur me manque plus que jamais.

Aurais aimé envoyer cette lettre par mail et recevoir réponse rapide mais sais qu’Internet égale gros-mot et que téléphone égale migraine pour toi, alors vais tenter d’être patiente.

Anna, qui va se bourrer la gueule à ta santé pour mieux vomir !


Le 21 mars 2007, à Bordeaux.

Anna,

Tu vois, je ne tarde pas à te répondre de ma belle plume alors n’écris plus ce mot Internet que je ne saurais lire dans tes courriers.

Puisque ma mauvaise humeur te manque, sache qu’en ce moment, elle ne se contient plus. Mon benêt de fils, cet avorton arriviste qui sent approcher l’heure de ma mort, s’est mis en tête de transformer mon PMU en « cyberpopcafé », selon ses propres termes. Je n’ai pas bien saisi son idée mais ce que je vois, c’est qu’il essaie de me chasser du seul endroit dans lequel je peux préserver, moi et les quelques habitués du MalaBar, d’une société qui me rend malade.

Ma pauvre Anna, je sentais bien que tu allais virer aigre, tu as été si abîmée. Je suis loin de me réjouir de ta contamination, crois-moi, car, malheureusement, les crétins aveugles comme mon fils seront toujours les plus heureux sur cette Terre où ils sont rois. Ce merdeux qui, dans la foulée, vient de me faire part de sa volonté de voter pour Le Pen aux prochaines élections présidentielles ! Je ne m’abaisserai pas à donner mon avis sur ce non-événement, j’ai seulement besoin de te communiquer le dernier exploit de mon plus grand méfait sur cette terre – mon fils Franck. Nouvel indice de ce qu’il éprouve pour son père. Du dégoût. Un père qui a préféré les piliers de comptoir aux ambitions politiques, voilà ce qu’il voit. Pire, il imagine me sauver en m’associant à son projet de cybermachin, alors que je n’aspire qu’à finir tranquillement mes jours dans mon bar, entouré des seules personnes qui m’aient prouvé leur pacifisme intellectuel.

Anna, tu me connais, je me réjouis de cracher, vomir et, comme tu dis, chier avec toi. Cependant, j’espère que, de ton côté, tu accepteras que nos rugissements restent pacifiques et non-organisés. Ne créons pas de parti, veux-tu ? Comprends bien que, maintenant que tu as été contaminée, tu vas devoir subir cette vie ou la quitter. Tu ne peux pas lutter contre son absurdité. J’y ai déjà beaucoup réfléchi. Ce qu'il te reste à faire, profiter des quelques avantages qu’elle procure. Il en reste. En revanche, garde-toi bien de copuler, use de la fornication seulement pour le plaisir gratuit qu’elle amène et emmerde le catholicisme ou toute autre religion.

Je bois aussi, à notre rencontre et à toi qui parviens à me faire dire « sauf » lorsque je maudis le Monde.

François

Le 30 mars 2007, à Reims.

François,

Sors de chez le coiffeur. Clientes et coiffeuses terrifiées par mon visage. Envie de me cacher. Même pas le droit d’atténuer ma laideur en silence. Bref. Ai encore été frappée par l’absurde. Me suis rappelée mon ancien train-train de physique passable. Me fait pas envie, non plus. Ai pensé à la phrase de Camus : « Il faut s’imaginer Sisyphe heureux ». Vais le relire.

Pas d’amélioration notable de mon état. Analyse tout ce qui pouvait être mieux avant. Exemple. Au boulot. Mes élèves, leurs parents surtout. Suis sûre en les regardant que le sort de la France ne va pas s’arranger, à moins que le prochain Président ne fasse reposer l’économie du pays sur le commerce du string et de la console de jeux.

Ton fils, ensuite, de plus en plus abruti. Chair de poule en lisant ta lettre. Plusieurs questions toutefois : Frank est au courant ? Ton voyage merdique en Algérie c’est son enfance, non ? Donc. Il joue les fachos pour te provoquer ou seulement parce qu’il est con ? Que lui as-tu répondu ?

Curiosité aussi. Pas envie de faire un interrogatoire à la Delarue ou à la Ardisson.– si tu regardais leurs émissions à la télé, suis sûre qu’après avoir refermé ton sac à vomi, tu comprendrais ce que je veux dire – Mais serais heureuse que tu utilises ta « belle plume » pour m’en dire plus sur l’épisode Algérie.

Ne comprends plus rien à rien, suis à cran malgré tes conseils d’aigri-expert.

Aucune envie de créer un parti mais te promets de faire fabriquer un bouclier de strings géants pour te protéger des mauvaises ondes émises par ton fils si tu votes pour moi.

Anna (Présidente !)

Le 1er avril 2007, à Bordeaux.

Anna, Anna, Anna,

Je vais tenter de répondre à tes questions. D’abord, sache que Frank a grandi avec mes récits d’ancien combattant en guise de berceuse. En théorie, il en sait même suffisamment sur mon passé pour perdre la tentation d’approcher un isoloir. Je n’ai jamais voulu, ni lui imposer, ni même lui suggérer de ne plus voter, mais c’est à ce point que m’ont conduit mes quelques années au service de la France. Ensuite, tu me demandes s’il vote pour le FN par provocation ou par connerie. J’aurais préféré te répondre qu’il cherche à manifester son désaccord avec les choix de son père mais je l’ai vaguement entendu évoquer sérieusement la réussite de M. Le Pen et l’urgence pour la France de rétablir son protectionnisme. Ce que je lui ai répondu ? Et bien, d’autant qu’il m’en souvienne, rien. J’ai probablement continué à hocher la tête. Ses paroles n’ont atteint mon cerveau qu’une bonne dizaine de minutes après qu’elles ont été prononcées. Tu as eu la primeur de ma consternation. Mais oublions ça.

Pour ce qui est de mon passé, je te propose un marché. Échangeons les récits des évènements qui sont à l’origine, selon moi, de nos contaminations. Ne prends pas ma demande pour de la curiosité malsaine, ni pour une tentative d’analyse. Je n’ai pour ma part aucun goût pour toute médecine commençant par « psy ». Supercheries ! Tu es en revanche la seule personne qui soit parvenue à m’attendrir un peu, du temps où tu venais t’asseoir au comptoir pour échanger quelques « rugissements » et de précieux silences avec un vieux barman. Au final, je ne sais que peu de choses sur les circonstances de ton accident. Raconte-moi ce qui s’est passé, si tu le peux. Je t’écrirai en retour tout ce que je ne suis pas parvenu à ôter de ma mémoire. Qu’en penses-tu ?

François, abstentionniste séduit par ton programme et apaisé par ce qui se réfugie sous ton visage.

Le 3 avril 2007, à Reims.

François,

Échange de curiosités difficile à satisfaire. Toujours honte. Mon accident, notre accident. Tu es le seul à qui j’ai envie d’en parler.

L’article de journal peut-être. Ma cousine l’avait découpé. Je l’ai gardé. C’est tout ce que je peux faire pour le moment.

SUD-OUEST. 18 janvier 2004.

« SORTIE DE ROUTE. UN GARCON DE DOUZE ANS ET DEUX RETAITES TUES A MARMANDE. LA CONDUCTRICE EST DANS UN ETAT CRITIQUE. L'ACCIDENT A EU LIEU HIER, VERS 9 HEURES, A HAUTEUR DU HAMEAU DE CRAMAT.

Un dramatique accident de la circulation est survenu hier matin sur la nationale 47, à l'entrée du hameau de Cramat. Anna Gomez ; 32 ans, célibataire ; enseignante à Bordeaux, se rendait à Marmande, avec ses parents, Pierrette et José Gomez, âgés de 60 et 62, retraités, domiciliés à Longueville. A hauteur du hameau de Cramat, pour une raison encore indéterminée (vitesse excessive ou verglas), la conductrice a perdu le contrôle de son auto qui a traversé la chaussée. Le véhicule a alors fauché de plein fouet le jeune Hugo, 12 ans, qui, projeté à plusieurs mètres, a été tué sur le coup. Percutant ensuite violemment un muret, la voiture a pris feu. La conductrice, grièvement brûlée, est parvenue à s’en extraire. A l'arrivée des secours et des médecins du SAMU, il n'y avait, hélas, plus rien à faire pour secourir le couple Gomez. Les pompiers du centre de secours de Marmande avec le sous-lieutenant Gruseau, ont été renforcés par leurs collègues d’Agen. Il a fallu une bonne demi-heure pour éteindre le feu et désincarcérer de la carcasse de la voiture les deux passagers. Anna Gomez, hospitalisée au CHU de Bordeaux se trouve actuellement dans un état critique. L'enquête est menée par la brigade de gendarmerie de Marmande. »

Recopier cet article que j’ai lu mille fois. J’en crève. Ai besoin de repos.

Je reprends cette lettre. Il fait nuit. Ai du dormir plusieurs heures. Je t’ai relu aussi.

Tu as peut-être raison. Ma première lettre, la contamination. Pourrais pas jurer que c’est pas lié à l’accident. Trois ans entre les deux pourtant. Mais c’est vrai qu’avec les soins, l’alcool ensuite. J’avais posé mon cerveau. C’était plus simple. Et puis, j’ai pu retravailler. Enfin. Loin de Bordeaux. Mon départ arrangeait tout le monde. Reims. Ma vie foutue. J’ai mis du temps à me réveiller. Et maintenant, la contamination. Tu dois avoir raison. Je ne sais plus.

Bon. Ai fait ce que j’ai pu. A toi. J’espère que tu auras plus de courage.

Anna, battue à son propre jeu.


Bordeaux, le 10 avril 2007

Mlle Gomez,

C’est l’abruti qui vous écrit. Vous comptiez beaucoup pour mon père, bien plus que moi j’imagine. C’est pourquoi je me permets de vous annoncer qu’il est mort, il y a maintenant six jours. Une embolie cérébrale. Il paraît qu’il n’a pas souffert. Mais les médecins disent toujours ça. Ce n’est pas l’objet de ce courrier.

En mettant de l’ordre dans son bureau, je suis tombé sur vos lettres. Mon esprit perverti m’a bien sûr incité à en lire le contenu. Je savais avant de lire vos torchons que mon père me méprisait. Vous le connaissiez, il était loin d’être hypocrite. Je sais maintenant que vous partagez son opinion, sans même me connaître. On s’est croisé trois, quatre fois, n’est-ce pas ? Probablement du temps de vos problèmes de boisson.

La balle est donc dans mon camp, même si je n’ai pas été invité à jouer. Il n’a pas eu le temps de vous répondre, ni même d’ouvrir votre dernière lettre. Je crois qu’il aurait accepté de vous raconter son expérience algérienne, mais à sa sauce probablement. Je vais vous raconter ce que j’en sais.

En 1959, il était en dernière année d’ENA, quand De Gaulle a décidé d’envoyer sa promotion en Algérie parce que l’administration y manquait de personnel. Il venait juste de se marier avec ma mère. Et puis, il faisait partie de la SFIO et était favorable à l’indépendance de l’Algérie. Alors ça ne l’enchantait pas vraiment d’y partir. Enfin bref, c’était ça ou être exclu de l’ENA et, à l’époque, il avait encore de l’ambition. Il a donc pris un poste d’inspecteur des finances à Alger. Me demandez pas pourquoi, un de ses chefs l’a officieusement chargé de faire un rapport sur les camps de regroupement. L’armée s’y débarrassait des civils pour régler tranquillement ses petites affaires dans les villages. Pendant quelques mois, il a du se coltiner toute la campagne algérienne. J’ai feuilleté le rapport, peut-être vous en avait-il parlé. En résumé, ça raconte qu’un million de personnes a été parqué dans des camps miteux et qu’une bonne partie est morte de faim parce que la France ne voulait pas gaspiller son pognon là-dedans. Mon père m’a souvent raconté qu’il a vu des gamins crever devant ses yeux – sa façon à lui de me dire qu’il tenait à moi sans doute. Enfin, tout ce qu’il y a de plus courant en temps de guerre. Sauf que mon père a jamais su fermer sa gueule. Il a rendu son rapport à son chef, qui l’a lui-même donné à je ne sais qui. Vous vous doutez bien que personne dans ce beau monde n’avait envie qu’il soit publié. Mais vous ignorez probablement la suite, il s’en vantait pas trop. Son chef a d’abord été « muté ». Puis, l’administration française, qui a bien sûr toujours nié son implication, a enlevé ma mère – enceinte – et menacé de la tuer si mon père s’obstinait à parler de ce rapport. Et bien il a quand même refilé son boulot aux journaux. Ça vous épate non ? Rassurez-vous, ma mère n’a pas été tuée, cela aurait été trop dangereux pour l’administration, il le savait bien le vieux. Ils ont libéré ma mère. Je suis né quelques mois plus tard et elle a mis les voiles, destination inconnue. On n’en a plus jamais entendu parler. Mon père, dégoûté par tout ça, a démissionné et a fini par acheter son local à ivrognes. Personne n’est venu le chercher. Il m’a élevé comme il a pu et a fait de moi ce que je suis, ne vous déplaise. Tout ça pour un rapport qui, finalement, n’a pas changé grand chose.

Je ne vous cache pas que j’ai eu du mal à admirer son geste quand j’ai eu l’âge de l’apprendre. Mais j’ai fini par l’accepter. J’ai même essayé de l’aider à oublier tout ça, à passer à autre chose dernièrement. Mais il ne comprenait rien. Vous êtes pareil tous les deux. Votre « contamination », je vois bien ce que cela signifie. Vous vous croyez juste plus malins que les autres. Vous vous placez artificiellement à l’extérieur du monde mais vous ne faites rien pour qu’il change. Pourquoi je vote pour Le Pen, malgré le rôle qu’il aurait eu pendant la guerre d’Algérie ? Parce que, à supposer que ce rôle soit avéré, tout ça s’est passé il y a longtemps, parce qu’il faut avancer et que lui ne baisse pas les bras face à la déchéance de la société. Il représente la rupture, le seul espoir possible.

Qui est le plus facho de nous deux ? Moi qui vote pour M. Le Pen, ou vous, avec votre sentiment de supériorité, qui vous permettez de chier sur le monde et qui gueulez lorsque d’autres choisissent d’aller au cinéma en même temps que vous. Louez des D.V.D. et restez chez vous, vous ne croiserez plus la masse que vous détestez tant. Faites livrer vos repas et vivez en ermite si la société vous est insupportable.

Je ne vous en veux pas vraiment, la vie ne vous a pas souri non plus. Pas facile de tuer ses parents, j’imagine. Vous devez être bien seule et malheureuse. Ça ne vous donne pas le droit de cracher votre haine sur tout ce qui bouge, et en particulier sur moi que vous ne connaissez pas.

Cette lettre est longue mais il n’y en aura pas d’autre, je vous ai dit ce qui m’importait. Je ne m’attends pas à une réponse de votre part. D’ailleurs, votre mépris et votre lâcheté m’indiffèrent.

En souvenir de mon père, je vous salue néanmoins.

Franck Servard.


Le 7 mai 2007, à Reims.

Monsieur Servard,

D’accord avec vous sur un point. Suis seule et malheureuse. Seule au point de faire de vous le destinataire de cette lettre d’adieu. Dans l’un de ses courriers, votre père disait que je devais subir cette vie ou la quitter. Mon choix est fait. Lâcheté certainement.

Vous envoie ses lettres. Vous les méritez, vous qui salissez sa mémoire et m’annoncez sa mort dans une lettre d’insulte. Vous qui encensez un ancien tortionnaire – c’est avéré ! – et injuriez un père qui s’est sacrifié pour essayer de sauver des vies.

Impossible pour moi de vivre dans ce monde que je pollue effectivement comme nous tous. Impossible de continuer à être spectatrice de ce qui va suivre.

Je vous souhaite de ne jamais réaliser.

Anna Gomez

je suis une trouillarde



j'arrive pas à m'endormir parce que je suis seule chez mes parents. Ils sont partis. mon mec est pas là non plus.
pour m'occuper j'écoute les bruits. ils sont suspects. tous. sûr qu'y a quelqu'un qui essaie de s'introduire pour me violer puis me tuer. je vais mourir dans d'atroces souffrances.
j'ai oublié de dire. j'ai 28 ans. pas 14. la maison de mes parents est dans un village lot-et-garonnais. pas dans une favella de rio.
n'empêche. je flippe ma race.
j'aime pas cette maison. elle est trop grande et j'ai oublié la signification de ses craquements.
puis ma grand mère a passé mon enfance à me dire qu'il fallait faire attention, que c'est dangereux de vivre, de respirer, de ne pas mettre son chapeau ou de pas fermer ses volets.
je veux un chapeau ce soir parce que j'ai peur.
je veux retourner dans ma grande ville, dans mon petit appart. marre des vacances chez les parents. j'ai passé l'âge.
dans ma grande ville, on m'entend si je crie, on m'emmène dans un hosto tout près si j'ai mal, et on fait tellement de bruit que les petits craquements ne sont plus suspects. c'est la relaxe pour tous les bruits.
j'ai peur. j'aurais peut-être du voter pour Le Pen.
je vais attendre demain matin pour dormir, c'est plus prudent.
je vais me relayer avec moi-même pour monter la garde d'ici là.

mercredi 23 mai 2007

kitesurf à Wissant


Comme rassemblés par le son du cor,

Des dizaines de soldats aux cheveux blonds

Endossent leurs paquetages.

Leur mission,

Faire danser des arcs-en-ciel

Dans du coton gris.

Emmaillotée de patchwork

Et frissonnante,

J’ignore tout de leur mobile.

Déguisements de super-héros endossés,

Câblages fixés,

Planches immergées.

L’assaut est lancé.

Commando d’hommes-grenouilles

En équilibre sur des tablettes,

Et marionnettes de leurs voiles.

Impression surprenante.

Les chiens promènent leurs maîtres.

Seule hypothèse quant au mobile :

Imiter Jésus et les mouettes à la fois.